CHAPITRE I
Elle venait juste d’assister au jugement de son divorce. Quelle délivrance pour Carine, le procès avait tourné en sa faveur! En sortant de la mairie, la pluie qui tombait timidement à son arrivée était devenue une pluie torrentielle et glacée. Carine se dirigea en courant vers le parking où sa voiture était garée. Une fois assise dans sa voiture, elle pensa à ce qu’elle venait de faire. _ Merde! s’exclama t-elle en frappant le volant avec la paume de sa
main.
Elle ne pouvait pas réagir autrement, car elle venait d’annuler son
mariage malgré elle. Tout était fi ni à présent. Carine pensa à sa vie après
le divorce, et à sa petite fi lle Fabie qui n’avait que deux ans à peine. Elle,
elle n’avait que vingt deux ans. Carine était très jeune, elle avait une
belle silhouette et un visage rappelant une poupée de porcelaine. Elle
démarra sa voiture pour aller voir ses parents qui n’attendaient que cela
depuis un moment. La pluie tombait en trombe sur le toit de sa voiture.
Un brouillard assombrit le ciel bleu, tout était obscur autour d’elle. Elle
s’arrêta au feu rouge et regarda dans le rétroviseur. Son visage paraissait
triste à cause du divorce, elle essaya de sourire pour enfi n dissimuler
cette tristesse qui assombrissait son beau visage. La circulation était
dense sous la pluie. Des klaxons résonnèrent et Carine redémarra au
feu vert. Environ quinze minutes plus tard, elle était devant la maison
de ses parents.
_Maman, maman! cria la petite Fabie en apercevant la voiture de
sa mère qui venait de se garer juste devant la maison.
Carine la prit dans ses bras, la couvrant de baisers. Elle était bien
développée pour son âge, rose comme une belle rose.
_ Comme tu es mignonne mon petit bout de chou, dit Carine en
la serrant dans ses bras.
Son père était à l’entrée de la maison. C’était un homme fort, grand
et très âgé. Il l’aborda:
_ Comment s’est passé ton divorce? dit-il d’une voix rauque et
autoritaire.
_ Tout est fi ni père, J’ai demandé la garde de l’enfant.
_ Comment as-tu pu faire une chose pareille? Et tes études? Lamyse,
Lamyse! cria-t-il en appelant la mère de Carine.
A ce moment une grosse femme paraissant moins âgée que l’homme
apparut.
_ Au lieu de laisser la garde de l’enfant à Manuel, Carine a demandé
la garde de l’enfant, expliqua-t-il à sa femme.
D’un geste vif, la grosse femme se laissa tomber dans un fauteuil et
secoua tout son corps avec une mine très sévère.
_Où est-ce que tu avais la tête Carine? dit-elle sèchement, cet enfant
va t’embarrasser, comment vas-tu t’en sortir?
_Comme c’est ce que vous m’aviez conseillée tous les deux, je pensais
que vous pourriez m’aider, répondit Carine timidement.
_Oui justement, reprit la mère, mais je n’accepterais pas l’idée que
ton ex-mari vienne dans ma maison sous prétexte de voir sa fi lle.
_ Mais maman, le juge a dit qu’il a le droit de la voir.
_ Pas ici! rétorquèrent ensemble le père et la mère.
Carine était un peu déconcertée, elle qui pensait avoir tout leur
soutien après son divorce, mais il lui semblait qu’ils la supporteraient
seulement s’il n’y avait pas Fabie. Soudain une idée lui passa par la
tête:
_Gardez-la seulement pour quelques mois, comme j’ai presque
terminé avec mes études, bientôt je pourrai travailler comme
infi rmière.
_ A vrai dire, reprit la mère d’un seul souffl e, nous n’avons aucun
problème avec l’enfant mais plutôt avec ton ex-mari. Il est très fougueux
ce jeune homme, et c’est sûr qu’il va nous apporter des ennuis, n’est-ce
pas Jérôme?
_ Evidemment, il est complètement fou. Et tu le sais déjà ma fille
qu’il est capable de faire du scandale devant ma maison.
_ A quoi bon! dit la jeune femme, je ne suis plus sa femme et de par
la loi l’enfant devrait rester avec moi. D’ailleurs, s’il n’avait pas signé, je
n’aurais pas gagné le procès pour la garde. Vu que je suis une simple
étudiante, je n’ai pas de boulot fi xe. Le juge ne m’aurait pas accordée
cette faveur.
Son père fi t un signe de la tête à sa mère et elle dit:
_ En tout cas, on gardera l’enfant chez nous, mais sache que Manuel
ne va pas rester les bras croisés.
Emilie, une jeune femme de ménage qui travaillait avec eux depuis
quelques mois, écoutait la conversation derrière un mur. Elle alla
ensuite conter la nouvelle à Florine, l’ancienne cuisinière de la famille
Belle-Fleur.
_Florine, dit Emilie en entrant dans la cuisine avec un air essoufflé,
tu avais raison. Mr et Mme Belle-Fleur ont réussi à faire divorcer leur
fi lle. Cela m’a vraiment touchée, Ils ne voulaient pas garder la petite
Fabie. Tu aurais dû voir le visage de Melle Carine, d’un seul coup il est
devenu blême.
_Oh la pauvre! répondit Florine qui était en train d’éplucher des
pommes de terre qui allaient accompagner les côtelettes de porc qu’elle
avait mises au four.
_ Je trouve cela injuste! Non ce n’est pas possible! Ils l’ont
forcée à divorcer sans avoir pensé à l’avenir de l’enfant, dit Emilie
péniblement.
_ Cette histoire est beaucoup plus compliquée que tu n’aurais
imaginé Emilie.
_ Comment ? Explique-toi, je n’ai pas compris.
_ Tu me distrais Emilie. Si on parlait de tout cela plus tard?
D’accord? Tu ferais mieux de m’aider à préparer le dîner. Tiens, prends
ce bol, commence à éplucher les légumes.
Quelques minutes après Mme Belle-Fleur entra dans la cuisine.
_Florine, tu es en retard pour le dîner! Qu’est-ce qu’il y a à
manger?
_De toute façon, vous vous régalerez avec mon dîner Madame.
_Quand tu dresseras la table, mets un couvert de moins parce que
Melle Carine dînera dans sa chambre.
_Oui, Madame.
La chambre de Carine était une vaste chambre aux murs tapissés,
avec une salle de bain et une fenêtre qui donnait sur l’autoroute.
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